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Dick Clark : America's oldest teen

Par Simon Duflos   
Le 22/04

Jeudi 18 avril s’est éteint Dick Clark, l’un des derniers survivants de l’époque bénie du rock'n'roll. Détenteur du record de longévité aux USA d’une émission à l’écran avec American Bandstand, il fit entrer, comme on dit, les stars du rock chez les Américains. De 1957 à 1987, retour sur trente ans d’histoire de la musique et de la télévision.

Radio gaga

Dick Clark est avant tout un homme de radio. Il débute sa carrière en 1945 en tant que présentateur de la météo dans une station locale de l’Etat de New York. Sous le nom de Dick Clay, il rejoint ensuite une radio spécialisée en musique country. Ensuite, direction la Californie où il devient disc jockey (pour employer le langage de l’époque) sur WFIL. La station dispose également d’une chaîne de télévision affiliée, qui offre à Dick ses débuts de présentateur, lorsqu’il s’agit d’assurer le remplacement ponctuel de Bob Horn pour le programme Bob Horn’s Bandstand.

En 1956, il en devient l’animateur permanent, puis ABC rachète l’émission l’année suivante pour la renommer American Bandstand. Avec son aptitude naturelle à atteindre la population adolescente américaine, et la mise en scène de son émission avec un public sur scène qui twiste en direct, il séduit immédiatement et le show connaît le succès instantanément. A l’époque, le rock'n'roll puis le rythm'n'blues ne sont pas - c’est le moins que l’on puisse dire - populaires dans les familles.

En 1961, Dick Clark est l’un des seuls à présenter Elvis Presley, considéré comme un dangereux délinquant à la solde des populations noires, comme un « chanteur de grand talent » à la musique « honnête ».
S’ensuivra une longue liste d’artistes découverts sur le plateau d’American Bandstand. Parmi les plus fameux, citons les Beach Boys, Buddy Holly, Run DMC, Little Richards, Bobby Vinton, Michael Jackson…

Living in America

« I played record, the kids danced, and America watched. »
C’est ainsi que Dick Clark résumait American Bandstand. Mais, récompensé par 4 Emmy Awards, honoré par son étoile sur le Hollywood Walk of Fame, il est ancré dans la culture populaire américaine (une séquence de Grease lui rend, à sa manière, un hommage appuyé).

Considéré par certains comme l’homme à qui l’ont doit le succès du rock'n'roll, il réussit à faire accepter à la « vieille génération » ces gamins qui criaient dans leurs micros en agitant le bassin. Dick Clark avait bien conscience que s’il ne soignait pas la présentation de ses « poulains » à l’écran, les parents américains n’adhéreraient jamais à ce genre musical. Une fois transformés en « lycéens dansants à la fête du lycée », avec cravate pour les garçons et cheveux bien coiffés pour les filles, la tâche fut un peu plus aisée.

Mais Dick Clark avait aussi un certain sens du devoir, et en ces temps où les chanteurs noirs n’apparaissaient pas à la télévision, il prit le parti de ne pas les censurer, en diffusant leurs titres plutôt qu’une reprise chantée par un blanc. Il fut l’un des premiers, sinon le premier, à montrer des artistes afro-américains, et des adolescents noirs danser avec des blancs.

Une vie après le rock'n'roll ?

Dick Clark n’est pas seulement connu pour avoir été le présentateur d’American Bandstand. Car non, non, Patrice Laffont n’a pas inventé Pyramide. C’est Dick Clark qui présenta l’émission outre-Atlantique, dès mars 1973 sur CBS, puis ABC. En lieu et place de Marie-Ange Nardi et Laurent Broomhead, des célébrités américaines épaulaient les candidats (le plus souvent des acteurs ou animateurs légèrement sur le retour).

Les aventures financières de Dick Clark se sont soldées avec plus ou moins de succès : une maison de production, vendue en 2007 à Daniel Synder (propriétaire de l’équipe de football des Washington Redskins) et une chaîne de restaurants portent son nom. C’est à travers elle que Dick Clark est mentionné dans Bowling for Columbine (Michael Moore, 2002) : la mère d’un enfant ayant apporté une arme à l’école et ayant tué un camarade de classe travaillait dans un de ses restaurants pour un salaire de misère. Dick Clark fut accusé par Moore de profiter d’une loi fédérale obligeant les bénéficiaires des allocations sociales à travailler pour continuer à en bénéficier. Refusant de rencontrer le réalisateur, on le voit « s’enfuir » à bord d’une voiture aux vitres teintées…

Une polémique qui n’empêcha pas Barack Obama d’évoquer le souvenir de Dick Clark comme celui de l’homme qui a « introduit des décennies de téléspectateurs à la musique de notre temps ». Les cendres de Dick Clark, mort le 18 avril à 82 ans, ont été dispersées dans le Pacifique.

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