Politique

Tsar système


Le 01/03

La Russie vote dimanche 4 mars pour le premier tour d’une élection présidentielle dont l’issue est déjà connue. Vladimir Poutine succédera au si charismatique Dmitri Medvedev. A n’en pas douter, en Russie aussi, le changement c’est maintenant. Puisqu’à toute chose malheur est bon, SAM vous propose de revivre les meilleurs moments des « années Poutine », et vous offre un aperçu de ce qui nous attend avec le retour de Vlad’ le magnifique.

5 grenades à la Une

Tout au long de ses deux précédents mandats (théoriquement les deux seuls qu’il aurait jamais dû effectuer), Vladimir Poutine n’aura eu de cesse de garantir l’indépendance des medias. Le taux de mortalité des journalistes russes en atteste. Tout le monde a gardé en tête le meurtre d’Anna Politkovskaïa, abattue dans l’ascenseur de son immeuble le 7 octobre 2006 (jour de l’anniversaire de Vladimir Poutine : il y a des assassins qui ont le cœur sur la main). Celle qui aimait à penser que « des mots peuvent sauver des vies » a fait l’expérience du contraire. Ce n’est, bien entendu, pas la seule. Entre 2000 et 2008, pendant la première présidence Poutine, 92 journalistes ont été assassinés en Russie. Une bonne moyenne. Précisons que dans un cas sur deux, ces meurtres restent irrésolus. La faute à pas de chance.

Au début de son mandat, Vladimir Poutine décide de donner un grand coup de balai sur la seule chaîne de télé indépendante de Russie, NTV. Les prises de position de la chaîne (et en particulier de son fondateur, Vladimir Goussinski) à son encontre lors de la campagne présidentielle de 2000 l'ont mise dans la ligne de mire de l’ex-agent du KGB. En critiquant le pouvoir et en dénonçant les atrocités perpétrées en Tchétchénie, NTV est devenue la chaîne à abattre. Et parce qu’un tiens vaut mieux que deux tu l’auras, quatre jours après l’investiture de Vladimir Poutine, des agents de la police fiscale perquisitionnent les locaux de MediaMost, l’empire bâti par Goussinski. Ce dernier sera arrêté et placé en détention plusieurs fois, et mis en résidence surveillée en Espagne.

En décembre 2011, les élections législatives voient la victoire de Russie Unie, le parti présidé par Vladimir Poutine. Les irrégularités et les « surprises » donnent lieu à une contestation sans précédent. L’occasion pour le pouvoir en place de prouver une nouvelle fois son sens de l’écoute et du dialogue, mais tout de même avec une certaine mesure. On décide donc de couper des sites Internet et comme il est de coutume, d’arrêter des manifestants. C’est le jeu.

Comme certains craignent fort de se faire « empapaouter » une fois de plus cette année, une partie de la population est descendue dans la rue pour protester contre le retour du camarade Poutine au Kremlin et réclamer des élections « justes ». On ne perd rien à demander. Ou si. Le 13 février dernier, la journaliste française Anne Nivat, prix Albert Londres tout de même en 2000 pour Chienne de guerre (récit d’un séjour de 6 mois en Tchétchénie fin 1999), était expulsée de la fédération de Russie. Motif : elle avait rencontré, depuis le 31 janvier, différents opposants régionaux au pouvoir en place. Parfois on n'a pas idée.

Politique étrangère : back in the USSR

Sur la scène étrangère, le futur mandat de Vladimir Poutine aura de quoi ravir les Européens que nous sommes – oui oui, nous les droit-de-l’hommistes - : soutien au régime de Bachar el-Assad, double-jeu avec l’Iran d’Ahmadinejad, chantage aux exportations de ressources naturelles. Bref, que du propre. Autant dire que l’on annonce des lendemains qui chantent pour les huit années à venir (quitte à y aller). Mais Vladimir Poutine n’a pas à rougir. Il est comme son peuple : fier.

Pour un ex-commandant du KGB, l’éclatement de l’Union soviétique et le rapprochement des anciennes républiques de l’Union européenne passe mal. On passe à l’Ouest et ça rappelle de mauvais souvenirs issus d’une époque pourtant bénie. Il l’a dit dans un discours à la nation en 2005 : « La chute de l'URSS a été la plus grande catastrophe géopolitique du siècle dernier. »

Les cas de l’Ukraine, « grenier » de la Russie tsariste et rattachée dès 1922 à l’URSS, ou de la Géorgie, dont la Russie ne reconnaît toujours pas les frontières, sont symptomatiques de cette volonté de conserver dans le giron russe les anciens satellites soviétiques. Les élections présidentielles ukrainiennes de 2004 ou la guerre d’Ossétie du Sud (sous le mandat de Dmitri Medvedev) sont des « marqueurs » de la politique étrangère de Vladimir Poutine. À l’Est, rien de nouveau.

Les relations avec les Etats-Unis, aussi cordiales soient-elles au début du premier mandat de Vladimir Poutine, notamment après les attentats du 11 septembre 2001 et au début de la guerre de George W. Bush contre le terrorisme, se détériorent graduellement. Le dossier le plus épineux du moment (outre la crise syrienne et autres) concerne le bouclier antimissile européen. Prévu pour être opérationnel en 2018, le bouclier en question cristallise le ressentiment de Vladimir Poutine envers l’Europe, mais aussi envers les Etats-Unis. Le candidat Poutine a promis, en cette fin de campagne électorale, un « réarmement sans précédent » de la Russie pour contrer la mise en place du dispositif de « défense » européen. Bonjour l’ambiance. Le président Medvedev a plusieurs fois annoncé son intention de déployer des missiles Iskander à Kaliningrad pour garantir la « destruction des installations en Europe de la défense antimissile des Etats-Unis ». Là aussi, tout un programme.

Le style Poutine, la classe qui vient du froid

Si la ligne directrice de la politique menée par Poutine, puis Medvedev, puis Poutine, n’a pas de quoi ravir les aficionados de la démocratie et de la paix entre les peuples, la vraie et peut-être seule bonne nouvelle du retour de Poutine au Kremlin, c’est ce style très personnel qu’il incarne. Depuis 2004, Vladimir Poutine est l’image même de l’homme du XXIe siècle. Tour à tour motard (« La moto, c'est le plus courageux et le plus audacieux des moyens de transport »), tireur d’élite, prof de judo, mais aussi pêcheur à la ligne, il n’aura eu de cesse de réinventer son personnage, tout en virilité.

Et lorsque Vladimir Poutine prend des vacances, c’est pour faire du cheval torse nu en Sibérie, histoire de, et pratiquer la nage papillon, parce que les autres nages ça va bien.

Une virilité et une classe que Vladimir Poutine doit en partie à ses gènes. Comme l’atteste sa généalogie, rien ne se perd, tout se transforme. Son grand-père, d’après un livre de Zbigniew Brzezinski et Brent Scowcroft, aurait été garde du corps de Lénine et de Staline. Alors forcément. Quant à ses parents, ils ont survécu aux 900 jours du siège de Leningrad. Alors le coup des oranges à Noël pendant la guerre, on ne le leur fait pas. Ca va deux secondes aussi.

Mais derrière ce froid sibérien qui peut parfois se dégager de lui, et à son insu, une flamme brûle et un cœur bat. Pour les animaux.

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Source

Il est vrai en revanche, que question sensualità, c’est pas caliente caliente. C'est quand même lui qui a un jour déclaré que « le sexe, la violence et le terrorisme devraient être interdits ». Etrangement, huit ans après, le service com' du candidat Poutine incite les jeunes Russes à perdre leur virginité avec lui en votant pour la première fois. Miam miam.

Enfin, le grand mérite de Poutine est qu'il met en appétit. Pour preuve, la plus belle photo de Poutine. EVER.

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